Une deuxième piste d’analyse, également à la croisée de plusieurs documents du corpus, concerne la notion de fusion sonore. Comme le rappellent Moe Touizrar et Stephen McAdams : « La fusion perceptive se produit lorsque les sons joués par plusieurs instruments se combinent pour donner l’illusion auditive d’un seul son unifié émanant d’une source unique [1]. » Le phénomène de fusion perceptive se situe à la base de la synthèse instrumentale, une technique d’écriture au sein de laquelle, comme le souligne Grisey, « la source instrumentale disparaît au profit d’un timbre synthétique totalement inventé et non donné a priori par les instruments [2]. » Cette fusion – et donc cette synthèse – s’opère d’autant mieux dans certaines conditions. Comme l’explique Albert S. Bregman : « Si, par exemple, le système auditif détecte une série de partiels entretenant des rapports harmoniques, il les regroupera en un seul son dont il calculera la hauteur [3]. » C’est précisément ce qui se passe au début de la pièce Partiels, qui constitue ainsi un exemple concret idéal pour considérer la notion de fusion sonore au prisme de l’interprétation. Quatre éléments du corpus documentaire portant sur les Espaces acoustiques sont particulièrement éclairants en ce sens : un extrait d’entretien avec le chef d’orchestre, un extrait d’entretien avec les deux flûtistes de l’ensemble, un extrait de répétition du début de Partiels, ainsi qu’une photographie du début de la partition de Partiels annotée par le chef. La suite de cette section se propose de partir de l’analyse du discours des interprètes et de procéder à une mise en relation avec des traces relatives à l’activité interprétative en contexte de répétition.


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