1. Considérations théoriques et méthodologiques

Le projet sur les Espaces acoustiques de Grisey a donné lieu à la constitution d’un corpus documentaire inédit qui vient compléter un certain nombre de sources relatives à ce cycle [1]. En vue de la constitution d’une documentation pertinente, un certain nombre de procédures ont été mises en place par notre équipe, qu’il s’agit à présent d’expliciter. Tout d’abord, en amont de notre déplacement à Zurich, un certain nombre de rencontres préparatoires ont eu lieu avec le chef d’orchestre Pierre-André Valade, qui a ainsi pris pleinement part à la conception du projet. Quelques semaines avant le début des répétitions, ce dernier nous a communiqués les documents transmis aux instrumentistes de la ZHdK, à savoir une lettre d’introduction accompagnée d’une liste de conseils portant sur les pièces d’ensemble du cycle (Périodes à Épilogue) [2]. Un document complémentaire portant sur les indications de battue dans les mêmes pièces venait compléter cet envoi [3]. Comme dans le document précédent, les indications portent davantage sur la première partie du cycle (Périodes et Partiels). Lehel Donáth, assistant de direction du Master Music Performance et responsable de la gestion de l’orchestre de la ZHdK, nous a également transmis la lettre d’information adressée aux membres de l’orchestre comportant le planning détaillé des répétitions, ainsi que certaines recommandations complémentaires. Cette lettre, datée du 15 février 2016, était accompagnée de l’envoi des partitions aux instrumentistes. Elle précise : « Nous jouons une œuvre extrêmement complexe : Gérard Grisey – Les Espaces acoustiques. Pour la deuxième fois, Pierre-André Valade a pu être engagé comme chef d’orchestre [4]. » Ce passage montre que le niveau de difficulté de l’œuvre n’est pas totalement négligeable en regard de l’expérience des membres de l’orchestre. Il nous apprend également que Pierre-André Valade avait déjà été invité en tant que chef par la ZHdK, ce qui témoigne de son expertise dans la direction d’orchestres étudiants.

Sur place à Zurich, les répétitions, organisées par séances de trois heures, ont eu lieu en deux blocs distincts : d’une part du 7 au 9 avril 2016, avec des répétitions en tutti (Périodes et Partiels) et des répétitions focalisées sur des instruments spécifiques (cors, guitare électrique et orgue Hammond) ; d’autre part du 15 au 22 avril, avec des répétitions par pupitres (15 et 16 avril), suivies de répétitions en tutti des cinq pièces d’ensemble du cycle (18 au 21 avril), d’un filage de l’ensemble du cycle et d’une répétition générale dans la salle de concert [5]. Pierre Michel a assisté à la journée de répétition du 8 avril, puis l’ensemble de l’équipe de recherche s’est déplacée à Zurich du 20 au 23 avril afin d’assister à la préparation de l’œuvre, des dernières répétitions de chacune des pièces d’ensemble jusqu’au concert final. L’équipe et le projet de recherche, ainsi que l’équipe technique – présente pour la captation audio et vidéo –, ont été clairement présentés à l’orchestre par le chef [6]. Une première partie du travail a consisté en une observation non participative des répétitions, avec une présence la plus discrète possible et aucune autre interaction avec les instrumentistes et le chef hormis quelques discussions informelles et prises de contact durant le temps des pauses. Des échanges et discussions plus formels ont eu lieu dans un second temps, dans le cadre d’entretiens filmés faisant directement suite aux temps de répétition. Ces entretiens ont pris la forme d’échanges relativement libres, sur la base d’un réservoir de questions préparées par les membres de l’équipe de recherche sur des aspects généraux de l’œuvre ou en rapport avec les temps de répétitions observés durant la journée. Les interprètes questionnés – chef d’orchestre et plusieurs instrumentistes – étaient invités à répondre de manière spontanée. Par ailleurs, des photographies ont pu être prises des partitions du chef d’orchestre, annotées par ce dernier.

Enfin, en aval de ce travail de terrain à Zurich, notre équipe de recherche a pris connaissance des matériaux audio et vidéo produits, qui comptent plusieurs dizaines d’heures d’enregistrement brut. En collaboration avec Pierre-André Valade, les fichiers audio des répétitions ont fait l’objet de relevés de contenu, comportant une description des actions effectuées et une transcription des échanges verbaux, avec une indication des minutages correspondants ; les fichiers audio des entretiens ont également fait l’objet de transcriptions. Un travail de sélection, de montage, d’annotation et d’indexation a ensuite été effectué en collaboration avec l’équipe technique. Le corpus documentaire obtenu rassemble ainsi 30 séquences vidéo issues des répétitions des 20 et 21 avril 2016 – qui peuvent être considérées comme des données d’observation de l’activité musicale –, 19 vidéos d’entretiens dont 11 avec Pierre-André Valade et 8 avec divers instrumentistes de l’orchestre – qui constituent plutôt des données d’expérimentation, générées sur la base d’une interaction avec l’équipe de recherche, et fondées sur une démarche de verbalisation et de recul critique par rapport à l’activité musicale elle-même –, ainsi que 243 photographies de partitions du chef d’orchestre [7].


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