L'interprétation sémiologique permet de pallier le fractionnement induit par l'analyse, de réintégrer l'ensemble des paramètres dans des problématiques plus générales, de faire émerger de véritables réseaux tendanciels chez les interprètes, d'élaborer une forme de taxinomie à la fois ouverte et non schématisante. L'interprétation vocale, en effet, peut aussi bien inscrire l'œuvre dans une spécificité générique, et donc mettre en évidence des transversalités, que traduire la singularité inaliénable de chaque interprète. Elle joue à la fois un rôle inclusif — dans un univers musical particulier — et un rôle exclusif — attestant la signature unique d'un individu.
Par les groupements et les comparaisons des paramètres et méta-paramètres interprétatifs, il est possible d'élaborer une typologie interprétative qui intègre la singularité de chacun, en associant les choix esthétiques de l'interprète, ses visées et ses stratégies, ses procédés d'expression du pathos et son exposition de l'ethos. L'interprétation est conçue comme véritable « rhétorique vocale » et l'acte interprétatif comme situation interactionnelle avec celui qui l'écoute. Nous proposons une ébauche de présentation de cette typologie, répartie en trois grands réseaux tendanciels [1].
Figure 33. Schéma reprenant les principales caractéristiques des trois réseaux tendanciels, regroupées selon cinq catégories (phrasé et rhétorique vocale, ethos, pathos, visées, esthétiques).
Les trois lignes de couleurs réunissent les traits caractéristiques d'un même réseau, même s'ils ne sont pas systématiquement tous rassemblés chez chaque chanteur du réseau (rouge : réseau tendanciel 1 ; bleu : réseau tendanciel 2 ; jaune : réseau tendanciel 3).
Chaque chanteur s'inscrit de manière prioritaire dans un réseau spécifique, mais il peut aussi emprunter, en caractère secondaire, l'un des éléments d'un autre réseau, ce qui respecte la complexité du phénomène interprétatif, l'un des fondements de notre étude.